Un thermostat connecté fait-il vraiment baisser la facture ?
Un décret du 26 décembre 2025 a repoussé au 1er janvier 2030 l’obligation d’équiper les logements existants d’une régulation automatique de la température par pièce. Pour les constructions neuves, la date reste le 1er janvier 2027. Le sujet revient avec les publicités pour les thermostats connectés : voici ce que disent les chiffres publics.
Ce que l’ADEME a mesuré
Le chiffre le plus solide vient d’une évaluation menée par le CSTB et le COSTIC pour l’ADEME et GRDF, publiée en 2020 : jusqu’à 15 % d’économies d’énergie grâce à un thermostat d’ambiance programmable. L’ADEME le reprend dans son guide « Passer un hiver tout confort » de décembre 2025, à côté d’une autre règle utile : chaque degré en moins représente environ 7 % d’énergie de chauffage économisée.
Deux précisions changent la lecture.
D’abord, « programmable » : le gain annoncé tient à la programmation, qui consiste à baisser automatiquement la température la nuit et pendant les absences, puis la remonter avant le retour. Un programmable de base le fait déjà, sans application ni Wi-Fi.
Ensuite, « jusqu’à » : quinze pour cent, c’est un plafond. Un foyer qui chauffe à 21 °C jour et nuit sans jamais toucher au bouton s’en approchera. Un foyer qui baissait déjà le chauffage à la main chaque soir gagnera peu.
Ce que le « connecté » ajoute
Le pilotage à distance depuis un téléphone. Des fonctions comme la coupure à l’ouverture d’une fenêtre ou la relance quand une présence est détectée, que l’ADEME cite parmi les appareils dits intelligents. Des relevés de consommation plus lisibles, selon les modèles.
Pour des horaires irréguliers ou un pied-à-terre, ces fonctions servent vraiment. Pour un foyer aux journées régulières, un programmable classique bien réglé suffit. Nous n’avons trouvé aucune mesure publique qui isole le gain d’un modèle connecté par rapport à un programmable ordinaire. Méfiez-vous des pourcentages avancés sans source.
Ce qu’il ne règle pas
Un thermostat règle le moment où l’on chauffe et la consigne, rien d’autre.
Les parois froides : selon l’ADEME, avec un thermostat à 19 °C, on peut ressentir 16,5 °C dans un logement mal isolé.
Un réseau déséquilibré ou encrassé : le thermostat commande la chaudière, pas le débit de chaque radiateur.
Un mauvais emplacement : au-dessus d’un radiateur, en plein soleil ou près d’une porte, il règle tout le logement sur une température qui n’est pas celle de la pièce.
La question à poser avant d’acheter
Tout dépend de ce qu’il pilote.
Avec une chaudière individuelle, il existe deux façons de dialoguer. La plus simple est un contact marche-arrêt : le thermostat allume et éteint la chaudière, et presque tous les modèles savent le faire. La plus fine passe par un protocole de communication, OpenTherm, standard indépendant des marques, ou le système propre au fabricant de la chaudière : le thermostat demande alors une température d’eau plus ou moins élevée au lieu de couper et relancer. Cette modulation a du sens avec une chaudière à condensation ; vérifiez dans sa notice ce qu’elle accepte.
Avec des radiateurs électriques, la commande passe en général par le fil pilote, qui transmet des ordres simples (confort, éco, hors gel) à chaque appareil compatible.
En chauffage collectif, vous ne commandez pas la chaufferie. La régulation pièce par pièce passe alors par des têtes thermostatiques, éventuellement connectées, posées sur vos radiateurs.
La programmation qui rapporte
Les repères de l’ADEME : 19 °C dans les pièces de vie occupées, 16 °C la nuit et pendant les heures de travail, 17 °C dans les chambres, 22 °C dans la salle de bains au moment de s’en servir. Pour une absence de quelques jours, on réduit au minimum ; pour une longue absence, hors gel et chauffe-eau coupé.
La réglementation demande que la régulation propose au moins quatre niveaux : confort, réduit, hors gel et arrêt. Elle n’exige pas qu’elle soit connectée. La fiche Service Public sur l’obligation de thermostat programmable précise aussi les exemptions, notamment quand une étude montre que l’installation ne serait pas rentabilisée en moins de dix ans.
Les aides
Le « coup de pouce » qui majorait les primes pour le pilotage connecté pièce par pièce a été suspendu en novembre 2024, sur des soupçons de fraude. Les primes de base relevant des certificats d’économies d’énergie restaient alors en place. Leur montant évolue : faites-le préciser sur le devis.
Le calcul à faire chez soi
Prenez votre dépense de chauffage de l’hiver dernier. Pour l’exemple, 1 000 € : 15 % font 150 € par an, 5 % font 50 €. Comparez au prix de l’appareil posé. Selon votre point de départ, le thermostat se rembourse en un ou deux hivers, ou jamais.
Si vous avez déjà un programmable et vous en servez, le connecté apporte du confort et de la souplesse, guère plus sur la facture. Si votre seul réglage est une molette sur la chaudière, n’importe quel thermostat programmable fera déjà la plus grosse part du travail.